30.05.2006

Sortir à Istanbul

Après les ponts du mois de mai, ce sont maintenant les grandes vacances qui approchent, et je me suis laissé penser que, comme chaque année, bon nombre de Français viendront se laisser tenter par les charmes du Bosphore. Or, si les guides renseignent généralement très bien sur les sites touristiques et plus généralement sur l’histoire de la ville, il est particulièrement difficile pour un néophyte de choisir en connaissance de cause où il ira se divertir la nuit. Voici donc ma compilation d’adresses pour noctambules, sélection qui, si elle ne peut prétendre à l’exhaustivité, repose au moins sur une fréquentation assidue, vieille parfois de plusieurs années.

Dans tous les cas, préparez-vous à trouver à Istanbul des gens qui savent faire la fête comme on ne sait malheureusement pas le faire en France, et dans des lieux dont la beauté saura vous faire oublier tout le reste… Evidemment, il convient de faire preuve d’un minimum de présentation pour accéder aux endroits listés ci-dessous, et la réservation est toujours recommandée pour éviter les mauvaises surprises. Comptez 25 à 50 euros par personne tout compris (apéro, repas, vin), ce qui reste bien en deçà des tarifs parisiens malgré une qualité incomparablement meilleure !

- 5. Kat (5ème Etage) : medium_5_kat_-_pic_01.jpgRestaurant/Bar dans le quartier de Cihangir, proche de la place Taksim. Lorsque vous êtes sur la place Taksim, ne prenez pas l’avenue Istiklal (la grande rue commerçante et bruyante), mais celle qui est juste à sa gauche (Siraseliver). Descendez cette rue environ 5 minutes jusqu’à tomber sur votre gauche sur l’hôpital allemand (Alman Hastanesi). Prenez alors la prochaine rue à gauche, et entrez dans l’immeuble sur lequel se trouve une enseigne lumineuse en forme d’ange. Une fois à l’intérieur, indiquer au vigile que vous vous rendez au « Fifth floor », et prenez l’ascenseur jusqu’au 5ème. Là, vous vous retrouverez face à une baie vitrée dominant le Bosphore, dans un endroit dont la décoration aux couleurs chaudes (rouge et violet) et aux accessoires un peu kitsch (cf les lustres et chandeliers multicolores) contribuent, avec la qualité d’accueil du personnel et le choix judicieux de l’ambiance musicale, à en faire l’un des endroits les plus « cosy » d’Istanbul. L’endroit est communément listé comme « gay-friendly », ce qui n’est sans doute pas sans lien avec la présence au rez-de-chaussé de la boîte gay Barbahçe, dont il est pour certains la « before ». En été, il est également possible de dîner sur la terrasse à l’étage supérieur, avec une vue encore plus dégagée. La nourriture est bonne. Pour plus d’infos : http://www.5kat.com/  



- 360 : Restaurant/Bar sur l’avenue Istiklal. Lorsque vous descendez Istiklal depuis Taksim, passez le lycée de medium_360.4.jpgGalatasaray (environ 5-8 minutes depuis Taksim), puis continuez jusqu’au numéro 311 et entrez dans cet immeuble (une petite plaque en blanc sur fond noir indique le lieu à droite de l’entrée). Prenez l’ascenseur jusqu’au 6ème, puis passez la sécurité pour franchir encore un étage par les escaliers. Vous vous rendrez compte alors que l’endroit tire son nom de la vue à 360 degrés sur Istanbul et le Bosphore dont il dispose : unique ! A cela s’ajoute une décoration résolument moderne et minimaliste, façon « loft », dans un large espace entouré de verre. La cuisine est excellente, revendiquée par son propriétaire comme relevant du style « fusion » (comprenez : mélange des origines, et medium_360_-_1.jpgsurtout des goûts). Endroit formidable, le seul hic étant qu’à partir de 23 heures, la musique devient un peu trop forte pour continuer la discussion, sans pour autant que la clientèle se mette à danser… Pour plus d’infos : http://www.360istanbul.com/  

 


- Zarifi : Restaurant/Bar/Boîte dans le quartier de Beyoglu, autour de l’avenue Istiklal. Lorsque vous descendez medium_zarifi_-_3.jpgladite avenue, prenez la troisième rue à gauche, montez là jusqu’au bout, puis prenez la rue qui continue, légèrement décalée sur la gauche. L’endroit est la prochaine ouverture sur votre droite, annoncée par un petit groupe de vigiles. Etant situé en rez-de-chaussée, il n’a pas de vue, mais est pourtant bien agréable et vaut le détour. La décoration minimaliste fait penser aux loft new yorkais (visiblement il s’agit là aussi d’un ancien entrepôt). Les lieux doivent leur nom à une famille de banquiers grecs influents de l’Istanbul de la fin du XIXème siècle, et il est en effet conçu pour rappeler le cosmopolitisme de la capitale ottomane à cette époque, à la manière de medium_zarifi_-_5.jpgce qui était alors connu sous le nom de « meyhane » (tavernes, généralement tenues par des Grecs), tout en y associant un côté indéniablement « fashion ». La cuisine, excellente, mélange les influences égéennes (grecques et turques), balkanique, juives et russes. La musique suit exactement le même modèle, ce qui permet de réaliser l’unité culturelle de cet ensemble géographique, et surtout de voir des Turcs chanter et danser comme ils ne le feraient jamais en d’autres lieux ayant cédé aux sirènes de l’occidentalisation. Vers minuit, les serveuses montent sur le bar pour marquer le début de la fête par leurs coups de tambour. Vous apprendrez les tubes turcs à la mode (et même de bons vieux classiques), et si vous êtes chanceux, vous trouverez même quelqu’un pour vous apprendre à danser le sirtaki ! Bref, je recommande tout particulièrement l’endroit à qui a un peu d’éclectisme et est veut se défouler « alla Turca ». Pour plus d’info : http://www.zarifi.com.tr/

- Cambaz Meyhanesi : Restaurant dansant dans le quartier de Beyoglu. Descendez l’avenue Istiklal jusqu’à trouver sur votre gauche un magasin « Vakko », et prenez la rue qui est juste en face sur la droite. L’endroit est dans l’immeuble au bout de la rue du côté gauche, au premier étage. Tout comme le Zarifi, l’endroit est une célébration de l’Istanbul du début du XXème siècle, mais la différence est qu’il est resté une véritable « meyhane » (taverne) traditionnelle. La nourriture, qui est très bonne, est donc « ottomane » (aujourd’hui, on devrait dire turco-gréco-judéo-arméno-balkanique), à accompagner comme il se doit de raki (pastis ou ouzo local), et la musique est uniquement traditionnelle. Pas de rythmes électroniques donc, mais un orchestre qui les samedi soir joue des airs orientaux ayant largement de quoi lever les clients de leurs chaises. Bref, les verres de raki aidant (surtout qu’ils sont à volonté !), on sympathise et l’on se retrouve à danser le sirtaki ou le halay avec des groupes de Turcs déchaînés. Le plus agréable des dépaysements imaginables. Pour plus d’infos :

http://www.meyhane.com/beyoglu_meyhaneleri/cambaz_meyhane...

Reina : Restaurant/Bar/Boîte en plein air sur les bords du Bosphore à Kuruçesme (juste après Ortaköy vers le nord medium_reina_2.jpgsur la route côtière). L’Institution hype d’Istanbul, à fréquenter surtout de mai à octobre. Le concept est une clientèle select et une dizaine de restaurants autour d’un large espace en plein air se transformant petit à petit en piste de danse. Le tout, évidemment, au bord de l’eau (le must étant d’ailleurs d’arriver en yacht par le Bosphore, plutôt que par l’entrée sur la route réservée au peuple…). Bref, “the place to be, to see and to be seen”. Le restaurant Reina (le plus élevé) est le seul que je puisse juger : le cadre est sublime et la cuisine excellente, ce qui vaut en soi le détour. Pour le reste de la soirée, medium_reina_3.jpgje ne pense pas qu’il s’agisse de l’endroit où l’on se défoule le plus, mais il paraît que je redouble de malchance à ce niveau-là et que la clientèle y est d’habitude déchaînée… Pour plus d’infos : http://www.reina.com.tr

 

 

 Sortie (ex-Laila) : Restaurant/Bar/Boîte en plein air sur les bords du Bosphore à Kuruçesme (juste après Ortaköy medium_laila_giris.jpgvers le nord sur la route côtière). La sœur jumelle de Reina, et d’ailleurs située juste à-côté, une centaine de mètres vers le nord. Exactement le même concept et standing que le précédent, sauf que je préfère cet endroit pour l’espace plus large et la programmation musicale plus éclectique, invitant davantage à bouger. Pour plus d’infos : http://www.sortie.com.tr/index_2.html

 

 

 

Mangerie : Restaurant à Bebek. Lorsque vous êtes sur la rive européenne et remontez (mieux vaut en taxi !) vers le nord la route longeant le Bosphore (Sahil Yolu), arrêtez-vous au quartier de Bebek dès lors que vous trouvez sur votre droite un Starbucks. Poursuivez une centaine de mètres jusqu’à atteindre un Gloria Jeans (un remake de Starbucks). Traversez alors la route, le lieu est au dernier étage de l’immeuble situé juste en face, les escaliers démarrant sous la arbres sur la droite. Outre la vue sur le Bosphore, ce qui est particulièrement agréable en ces lieux est l’atmosphère cosy, et surtout, la qualité de la cuisine (plutôt internationale) et le fait qu’il s’agit de l’un des rares restaurants d’Istanbul servant des produits à base de porc. Un endroit rêvé donc pour les brunchs (pour les œufs au medium_mangerie_2.jpgbacon), mais aussi pour les repas de sorties de boulot entre amis. Essayez de décrocher une place sur le balcon, notamment dans les canapés (sachant que des châles sont à disposition si la température était d’aventure un peu fraîche). Pas de site web, mais un numéro de téléphone : 0212 263 51 99

 

 

 

 

 

 

A compléter…



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29.05.2006

Amnistie : le copinage institutionnalisé

Coluche nous avait déjà mis en garde : il faut se méfier des lessives qui lavent plus blanc que blanc. Ce sont généralement des arnaques, et notre Président s’avère une fois de plus être de celles-là…

La récente décision présidentielle d’amnistier Guy Drut, condamné en octobre dernier à 15 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende dans le cadre de l’affaire des marchés publics d’Ile de France, est une manifestation supplémentaire du népotisme outrancièrement assumé par la clique chiraquienne reconduite au pouvoir sur un malentendu en 2002. La motivation politique déclarée (conserver une représentation française au sein du CIO, la condamnation de Guy Drut devant à terme entraîner de droit son expulsion de cette instance) est trop grotesque pour qu’on lui fasse l’honneur de s’y attarder. Ce qui s’offre à nos yeux est, une fois de plus, l’expression d’un népotisme indigne de notre peuple, et un refus de reconnaître la légitimité de notre justice, à une époque où les Français tendent précisément à perdre la confiance placée dans leurs représentants. Ce genre d’attitude n’est pas sans rappeler, par exemple, la consécration d’Alain Juppé en « meilleur d’entre nous », la qualification de la décision comme "provisoire" et plus généralement le discrédit jeté sur le travail des juges à la suite de sa condamnation en janvier 2004 (alors même qu’en principe « le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende », article 434-25 de notre Code pénal).

Mais finalement, peut-on véritablement être surpris d’une telle mesure ? Sachant que « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser », et que Chirac ne semble pas viser la béatification (sauf entourloupe orchestrée par Bernadette à ce niveau-là, il ne faut rien exclure…), cette situation apparaît comme une simple conséquence parmi les plus visibles d’une institution qui est en elle-même une négation de l’état de droit et de la séparation des pouvoirs

Car en effet, et plus généralement, c’est le principe même de l’amnistie qui est intolérable. Comment peut-on tolérer que le pouvoir législatif (par les lois d’amnistie, généralement votées à la suite de chaque élection présidentielle) ou le pouvoir exécutif (par la mesure d’amnistie traditionnelle du 14 juillet, et d’autres plus ponctuelles autorisées par les lois d’amnistie) viennent par des mesures opportunistes saper à ce point le travail du pouvoir judiciaire ? Qu’en est-il de l’état de droit si un ami bien placé peut d’un simple trait de plume vous élever au dessus des lois ? Qu’en est-il de l’égalité devant la loi si, votre condamnation intervenant avant le 14 juillet, vous avez le privilège de ne pas la purger ? La violation des principes fondamentaux de notre République que constitue ce type de mesure est évidente, et ses répercussions pratiques connues (des procureurs qui font, par exemple, volontairement traîner les procédures pour que les condamnations interviennent après la fête nationale et que le coupable puisse ainsi au moins purger une partie de sa peine).

Cerise sur le gâteau, la loi de 1881 sur la liberté de la presse est aujourd’hui rédigée de telle manière que le simple fait de mentionner une condamnation amnistiée est constitutif du délit de diffamation, sans possibilité pour son auteur de se justifier en établissant la véracité des faits allégués… Vous aurez beau avoir des années d’enquête judiciaire avec vous, les tribunaux devront vous reconnaître coupable, en application de la volonté politique.

Que l’amnistie ait pu se justifier historiquement à des époques où certaines condamnations étaient relatives à des infractions à caractère politique et où l’impératif de restauration de la concorde nationale pouvait l’emporter sur l’application stricte du droit, c’est, à la rigueur, concevable. Mais à notre époque, et notamment dans le cadre de condamnations de droit de commun, il s’agit d’une claque donnée publiquement à la Démocratie et aux principes dont les Français sont en droit d’exiger le respect.

Outre l’abolition pure et simple de tout mécanisme d’amnistie, qui est un objectif à long terme, il est important aujourd’hui de protester publiquement contre cette mesure, car si nous le faisons pas, il s’agira d’un précédent grave. Si on laisse faire, qui nous prouve en effet que Chirac n’organisera pas, par avance, son amnistie par son successeur ?