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10.06.2006
Pour une politique fiscale intelligente... et réellement libérale !
L’idée fondamentale à la base de toute pensée libérale est que la source exclusive de la richesse individuelle se doit d’être le mérite. En ce sens, il n’est ainsi pas plus attachés au fonctionnement de « l’ascenseur social » que les libéraux. Pourtant, la sincérité des libéraux sur ce point est rarement perçue par l’opinion, qui a plutôt tendance à assimiler libéralisme avec défense des intérêts des « rentiers », et ce, en raison d’un malentendu entretenu tant par le dénigrement généralisé des idées libérales que par les erreurs passées de présentation de la part de ceux qui s’en réclamaient. Il est donc impératif de réaffirmer l’engagement des libéraux en faveur du mérite, notamment à travers la refondation de ce qui affecte le plus grand nombre de nos compatriotes, à savoir notre système fiscal.
Récompenser le mérite, c’est avant tout privilégier le travail, qui en est la valeur mesurable la plus proche. Or, au vu de notre système fiscal actuel, force est de constater que les fruits du travail sont les plus pénalisés au sein des différentes catégories de revenus, et que malgré certaines exemptions d’impôt concernant les catégories sociales les plus défavorisées, les Français, largement majoritaires, dont les revenus sont essentiellement tirés de leur travail sont ceux qui, en valeur relative, subissent la charge fiscale la plus forte. En effet, si l’on additionne les impôts proprement dits et les cotisations sociales (et il relève de la plus simple honnêteté de le faire, puisque les deux financent l’action publique), il apparaît de manière évidente que les revenus du travail des classes moyennes salariées sont ceux qui souffrent le plus des « prélèvement obligatoires ». A l’inverse, les revenus « passifs » du capital bénéficient d’un traitement privilégié, bénéficiant de nombreuses impositions réduites, voire d’exemptions pure est simple.
L’une des raisons rarement avouées de cette situation est que, du fait de la multiplication des opportunités d’expatriation du capital, les politiques, paresseux de négocier des solutions internationales (ou même européennes) à ce phénomène, se sont contentés au cours des dernières décennies de reporter progressivement les charges publiques sur la source de richesse considérée comme la plus « fixe », à savoir le travail. Or, aujourd’hui, on se rend compte que le travail est lui-même devenu délocalisable avec guère plus de difficultés que le capital, et surtout, que cette politique de fuite en avant pénalise aujourd’hui le plus grand nombre de nos compatriotes tout en diminuant sensiblement l’incitation pour les personnes vivant de prestations sociales à accepter de vivre des fruits d’un travail, et celle des entreprises à créer des emplois.
Pour sortir de cette situation, il faut donc repenser complètement la répartition de nos charges fiscales et sociales, en ayant pour priorité de favoriser au maximum les fruits du travail, tout spécialement lorsque ceux-ci atteignent des niveaux faibles ou moyens, quitte à en reporter la charge qui ne pourrait être réduite du fait d’une réduction globale des dépenses publiques sur la rémunération passive du capital. Car si la richesse procède tant du travail que de l’investissement en capital, il serait la moindre des choses que le premier ne soit pas soumis à des charges plus fortes que le second, contrairement à ce qui est malheureusement le cas aujourd’hui. Pour éviter une fuite des capitaux accrue consécutivement à une telle mesure, il faudrait avoir le courage de négocier, au moins au niveau de l’Union Européenne, les termes d’une trêve à la « guerre fiscale » actuellement menée par les Etats membres, et cela est possible puisqu’il est de toute évidence peu probable que les investisseurs fuient en masse un tel marché.
C'est uniquement sur cette base que pourra être établie une politique fiscale et intelligente, à la fois respectueuse du mérite et incitant réellement à l'effort, première source de richesse.
01:10 Publié dans 4. Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
"la source exclusive de la richesse individuelle se doit d’être le mérite."
Cela veux dire heritage et donations familailes taxées pas loin de 100% si j'ai bien compris ?
Ecrit par : Laurent GUERBY | 15.06.2006
Si l’on était extrémiste, oui !
Pour ma part, je range ces impôts dans la catégorie des moins choquants que connaissent notre système fiscal. Pourtant, avant que d’en élever les taux, je pense qu’une réduction de la taxation des fruits du travail pourrait être avant tout rattrapée sur une rationalisation des dépenses publiques…
Mais l’immense majorité des libéraux défend la thèse inverse, qui revient à dénoncer catégoriquement les lourds effets pervers des droits de succession : obligation dans certains cas de céder un bien pour payer les droits (ce qui est particulièrement dérangeant lorsqu’il s’agit d’une entreprise ou d’une « maison de famille »), irrespect de la volonté tacite du défunt de céder ses biens à ses proches (sinon, il les aurait dispersé avant), caractère « nécrophage » de cet impôt difficile à supporter pour les personnes endeuillées… Quant aux droits sur les donations, ils peuvent bien être fixés à des taux élevés, ils seront toujours contournables car il est libre à chacun d’entretenir qui il veut. En outre, ne serait-il pas profondément inégalitaire que des enfants dont les parents vivent longtemps puissent profiter jusqu’à un âge avancé du soutien de leurs parents « en franchise d’impôt » alors que ceux qui les perdent plus tôt devraient « repartir de zéro » ? Enfin, il n’est pas sûr que les sommes gigantesques engendrées par une taxation totale des successions ou donations (mais ces dernières n’existeraient pas dans ce cas) soient mieux placées entre les mains de l’Etat (qui dans le meilleur des cas les redistribuerait sous forme de subventions par forcément incitatives à l’effort) qu’entre celles des héritiers…
Aussi, des solutions plus réalistes visant à réduire les inégalités liées à la naissance tout en améliorant le bien public me semblent envisageables. D’une part, il conviendrait d’encourager davantage les particuliers à dépenser eux-mêmes l’argent dont ils n’ont pas besoin en l’injectant dans des activités d’intérêt public. La culture du mécénat et des fondations est sous-développée en France, et cela doit être corrigé (nos grandes fortunes sont certes moindres qu’aux Etats-Unis, mais les milliardaires français conservent jalousement leur argent, parfois en le plaçant à l’étranger, alors que tous leurs homologues américains dignes de ce nom ont leurs fondations…). D’autre part, rétablir l’égalité des chances peut se faire en rétablissant la fluidité de « l’ascenseur social », ce qui passe par une éducation plus efficace (donc avec des acteurs responsabilisés), une facilitation et même une incitation à la prise de risques et à la création d’entreprise, une lutte active contre les discriminations, etc…
En tout cas, merci à toi d’avoir soulevé ce dilemme, qui mérite que les libéraux y réfléchissent. La critique est bonne d’où qu’elle vienne, y compris des socialistes ;-) !
Ecrit par : cambacérès | 15.06.2006
Merci pour ta réponse complète, j'aime bien chatouiller les dits "libéraux" sur les ambiguités classiques :).
Il y a des philosophes qui disent d'ailleurs que sans la fiction de l'état obligeant au respect de la volonté "contractuelle" d'un mort par une tierce partie, l'héritage ne peut exister (je simplifie - je n'ai plus la référence sous la main).
Pour moi la seule chose véritablement importante est la qualité de la dépense de l'état, son volume importe finalement relativement peu (tant qu'il est raisonnablement élevé mais pas trop :). Le seul moyen à long terme d'améliorer l'efficacité de la dépense publique est la transparence et de solides pratiques démocratiques.
L'internet a amené la possibilité d'une transparence quasi-totale de l'état (tout publier pour tout le monde a cout quasi nul), mais ce n'est pas réalisé encore et je me désole de voir le débat porter sur la taille de la dépense ou sur les moyens de prélèvement qui sont secondaires de mon point de vue.
Après à dépense fixée (a peu près par les électeurs au moins en théorie :), le prélèvement doit être fait au plus faible cout administratif (supprimer les niches fiscales ...) et ne pas déclencher un trop grand sentiment d'injustice (progressivité). Tout ce qui est pris sur les "surplus" d'héritage n'aura pas à être prelevé sur le travail ou le capital productif.
Ecrit par : Laurent GUERBY | 16.06.2006
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